Brève d'actu BRUXEO - DPR 2026-2029

DPR 2026-2029

BRUXEO analyse la Déclaration de politique régionale bruxelloise pour la législature 2026-2029. Celle-ci contient les ambitions politiques du nouvel exécutif enfin formé après une attente record. Peu de temps, peu de moyen ? La DPR donne un aperçu de ce que seront les priorités politiques dans ce contexte compliqué pour la région bruxelloise.

1. Contexte 

Après un conclave de 3 jours : fumée blanche. La formation d’un exécutif est enfin annoncée. 7 partis ont dialogué : MR, PS, et Les Engagés du côté francophone, Anders, CD&V, Groen, et Vooruit, du côté flamand. Le 12 février 2026, la DPR (déclaration de politique régionale) est publiée et met un terme à une attente record pour les bruxellois.es.  

Qui pour la mettre en œuvre ? 

  • Boris Dilliès - Ministre-Président du Gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale chargé de la Sécurité, du Tourisme, de l'Energie, de la Recherche scientifique, des Relations extérieures, du Siamu et des Matières biculturelles 
  • Elke Van den Brandt - Ministre du Gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale, chargée de la Mobilité, des Travaux publics et de la Sécurité routière et du Bien-être animal. 
  • Ahmed Laaouej - Ministre du Gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale chargé de l'Action sociale et des solidarités, des Pouvoirs Locaux, de l'Égalité et du Soutien scolaire 
  • Dirk De Smedt - Ministre du Gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale, chargé du Budget, des Finances, de la Transition numérique, de la Fonction publique et de la simplification administrative 
  • Laurent Hublet - Ministre du Gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale chargé de l'Emploi, de l'Economie et de l'Economie numérique 
  • Audrey Henry - Secrétaire d’Etat à la Région de Bruxelles-Capitale chargée de l’Urbanisme, au Développement territorial et à la Propreté publique 
  • Karine Lalieux - Secrétaire d’Etat à la Région de Bruxelles-Capitale chargée du Logement, du secteur des Taxis et des Infrastructures sportives 
  • Ans Persoons - Secrétaire d'Etat à la Région de Bruxelles-Capitale chargée du Climat, de la Rénovation urbaine, les Monuments et sites (patrimoine) et de l'image de Bruxelles 

2. Analyse de la DPR 

Décodons ensemble la feuille de route du nouvel exécutif bruxellois pour connaitre ses ambitions politiques, notamment à l’égard du secteur non marchand. La présente brève d’actualité ne traite pas de l’accord de majorité COCOF. Ce dernier fera l’objet d’une prochaine note.  

Structure

Voici le document :  

 

Long de 24 pages, il est divisé en 13 chapitres. 

Sans que cela ne soit revendiqué, il est légitime de se demander si l’ordre utilisé traduit les priorités du nouveau gouvernement :  

 

1. Introduction : 

La DPR commence par une courte introduction. Celle-ci contient une vision positive de Bruxelles et souligne l’importance du tissu associatif.  

Le gouvernement est conscient qu’il doit agir vite et de façon concrète, dans cette législature raccourcie. 

2. Un budget maitrisé qui soutient les ambitions de la Région et un cadre de gouvernance claire : 

La thématique Budget est la première traitée. Il s’agit d’un enjeu prioritaire.  

L’objectif ? Atteindre l’équilibre financier (recettes = dépenses) d’ici 2029. 

Comment ? L’essentiel de l’effort (80%) pour améliorer les finances publiques viendra de la réduction et d’une meilleure gestion des dépenses. Une plus petite part (20%) viendra de l’augmentation des recettes fiscales.  

Donc la stratégie repose principalement sur : faire des économies et réformer les pouvoirs publics, plutôt que, sur augmenter les impôts ou les taxes. 

Cette refonte des pouvoirs publics n’aura pas pour conséquence des licenciements mais un moratoire sur tout le personnel (recrutements gelés, non-remplacement des départs) régional opérationnel et non-opérationnel en 2026. Seulement non opérationnel pour la suite de la législature.  

Paradoxalement à cette volonté d’équilibre, de nouvelles dépenses sont déjà annoncées : doublement de la prime Be Home, diminution de 1% de l’IPP, et augmentation du plafond donnant droit à l’abattement fiscal des droits d’enregistrement.  

→ Peu de détails sont fournis sur les diminutions de dépenses qui vont réellement amener à l’équilibre et les 20% de recettes fiscales ambitionnées. 

 

3. Mobilité : 

La Région prévoit d’investir dans la mobilité à hauteur de plusieurs dizaines de millions d’euros/an et cite une série de mesures.  

De façon non exhaustive : 

  • Good move c’est fini, lui succédera le Plan régional de Mobilité. Les enjeux demeurent similaires soit améliorer la circulation routière sans malmener l’activité économique. Pour se faire, l’avis des citoyens sera demandé, et une approche plus locale sera adoptée. 
  • Une attention particulière sera portée aux abords des écoles. 
  • La LEZ sera adaptée avec des exceptions pour les usagers professionnels et les catégories vulnérables. Le système d’amende est revu à la baisse. 
  • Suspension du Metro 3 et développement du Tram. 
  • Attention portée à un stationnement qui tient compte des personnes porteuses de handicap. 

4. La simplification administrative et institutionnelle comme clé d’efficacité des politiques publiques : 

L’exécutif souhaite se lancer dans un chantier de refonte de l’administration en 4 piliers. Il commencera dès 2026 avec la mutualisation des fonctions supports. Il se poursuivra en 2027, avec le rassemblement de divers missions organiques au sein du SPRB. Le 3ème pilier visera la constitution d’une nouvelle SA de droit public pour les infrastructures publiques. Le 4ème : une plateforme pour faciliter la coordination en matière de gestion du foncier.  

L’harmonisation de la pratique administrative des CPAS notamment en renforçant le dossier unique est à l’ordre du jour.  

Cette simplification du paysage institutionnel s’accompagnera d’une simplification administrative pour le citoyen : moins de papier, principe du only once. L’avis des citoyens sera sollicité pour connaitre les procédures redondantes ou trop complexes. 

La région ambitionne de collaborer davantage avec les communes.  

Enfin un chantier de gouvernance sera lancé. Une réforme institutionnelle au vu de la crise de formation du gouvernement bruxellois s’avérant nécessaire. Aucune piste n’est toutefois précisée.  

→ Quid de la simplification administrative pour les ASBL ?  

 

5. Davantage de Bruxellois.ses au travail dans des emplois de qualité : 

L’objectif annoncé est ambitieux : un taux d’emploi de 70% d’ici 2030. Pour y parvenir, il conviendra de renforcer l’accompagnement des demandeurs d’emploi (en particulier les jeunes), et leur proposer une solution effective rapidement (emploi, stage, formation).  

En collaboration avec les secteurs, une réflexion sera menée pour lever les freins à la formation et aux métiers en pénurie (notamment dans les secteurs de l’Horeca, du non-marchand, de la santé, des aides à domicile, ou encore de l’industrie culturelle et créative.) A ce titre,  

Il est aussi prévu : 

  • Une réforme : des agences locales pour l’emploi et des aides à l’emploi pour les simplifier et en améliorer l’efficacité.  
  • Un renforcement : de la collaboration avec les Communautés française et flamande pour améliorer les équivalences de diplômes, et de la politique de formation en alternance qui sera étendue à tous les secteurs.  

S’agissant des ACS, sujet clé pour le secteur non marchand, un monitoring et une évaluation du système sont prévus. Le gouvernement n’annonce pas de coupe linéaire mais une volonté : « de mieux faire correspondre celui-ci aux besoins des différents secteurs et structures ». A ce stade, nous n’avons eu aucune information sur les implications concrètes de cette formulation.  

Enfin, le nouvel exécutif souhaite lutter contre les discriminations à l’embauche et soutenir l’emploi des personnes porteuses de handicap ou de maladie chronique.  

6. Un logement décent et accessible pour l’ensemble des Bruxellois.es – une politique d’urbanisme plus efficace : 

Logement 

Le gouvernement va mettre en place des politiques de prévention pour éviter la perte de son logement. Bruss’Help avec le New Samusocial vont coordonner les moyens pour lutter contre le sans-abrisme. Une réforme de ce secteur est d’ailleurs annoncée sans précision.  

Plusieurs politiques viendront soutenir le droit au logement : prêt à taux réduits, reconversion de bureaux en logements, occupation temporaire, révision de la grille des loyers etc. 

Urbanisme 

Réduction des délais de délivrance des permis d’urbanisme (6 mois).  

Aménagement du territoire  

L’aménagement du territoire doit tenir compte des impératifs environnementaux : sanctuarisation de certaines zones vertes, suspension de certains projets : friches Josaphat etc.  

La réaffectation du site Audi est une première fois abordée. 

7. Une politique de sécurité et de prévention renforcée : 

Cette thématique est surtout envisagée du point de vue des violences liées au trafic de stupéfiants.  

Le gouvernement fait part de sa volonté de décloisonner les politiques suivantes : sécurité, prévention, santé publique et de mettre en place un Plan intégré sur base du Plan Global de Sécurité et de prévention de Safe.brussels.  

Il souhaite également développer des solutions coordonnées pour le sans abrisme liant : approche psychosociale, accès au logement et continuité des soins.  

En concertation avec les communes seront renforcés : la police de proximité, et de la lutte contre le harcèlement de rue, la délinquance juvénile, les violences faites aux femmes et aux enfants, les nuisances liées au trafic de drogue et le radicalisme. 

Un budget de 10 millions € est annoncé pour sécuriser les gares du nord et du midi. 

8. Une économie prospère et un renforcement de l’attractivité de Bruxelles pour les entreprises et pour ses habitants :  

Pour assurer l’attractivité économique de Bruxelles, le gouvernement annonce notamment sa volonté de renforcer la formation, d’améliorer les conditions de travail, et de rémunération dans les secteurs pourvoyeurs d’emplois - comme -l’Horeca, le secteur du non-marchand et de la santé, des aides à domicile, de la construction et de la rénovation, de l’industrie culturelle et créative, du numérique, et de l’économie circulaire.  

Ambition également de : 

  • réindustrialiser Bruxelles en mettant en place divers leviers incitatifs (fiscaux, administratifs, humains): le site Audi est à nouveau cité, 
  • moderniser le tissu économique via des investissements dans la technologie et le recours à l’IA.  

Le soutien à l’entreprenariat se fera davantage via des prêts à taux réduits que des primes.  

Le Gouvernement souligne le rôle important de l’économie sociale pour les personnes les plus éloignées de l’emploi et souhaite apporter son soutien à l’économie sociale, aux ETA, à l’entreprenariat féminin, à la diversité, l’artisanat et les commerces de proximité.  

9. Rencontrer les enjeux environnementaux, climatiques et énergétiques :  

Il est prévu notamment,  

  • d’intensifier : la politique d’isolation du bâti (responsable de 60 % des émissions totales) tant au sein du secteur privé que public et la production d’énergie verte,  
  • d’améliorer la qualité de l’eau et de l’air et, 
  • de travailler à la préservation de la biodiversité et de la nature. 

Le nouvel exécutif va refinancer Vivaqua en difficultés budgétaires. 

10. Propreté : 

Sensibilisation, éducation mais aussi davantage de contrôle et de répression notamment grâce à l’installation de caméras.  

11. Le Social et la santé au cœur de l’action publique : 

Malgré sa position en fin de DPR, le gouvernement régional promet une politique plutôt ambitieuse. 

Le gouvernement s’accorde sur l’importance de renforcer les services de 1ère ligne et l’offre en santé mentale surtout dans les quartiers en situation de pénurie de professionnels de la santé. 

Le gouvernement annonce plus particulièrement un soutien aux : structures pluridisciplinaires comme les maisons médicales, les services hospitaliers ou encore les maisons de repos et leurs alternatives comme les résidences services sociales, les habitats groupés, les services pluridisciplinaires de santé mentale et les centres de revalidation, avec une attention particulière pour le secteur public et associatif

La lutte contre le non-recours aux soins et aux droits (effectivité des droits, simplification des démarches, amélioration de l'information) sera un axe transversal du social-santé. 

Le politique marque également son ambition pour les sujets suivants : dispositif de répit et simplification administrative pour les aidants proches, promotion du sport, trajet de sevrage pour les personnes souffrant d’addiction, etc. 

12. La cohésion sociale comme ciment de la région :  

Le nouveau gouvernement bruxellois prévoit de lutter contre : 

  • Pauvreté infantile, décrochage scolaire, sans-abrisme.  
  • Fracture numérique 
  • Discriminations (déterminants sociaux, inégalités) 

L’importance du sport et de la culture est mise en avant.  

Pour garantir l’égalité entre les femmes et les hommes, le gouvernement s’engage à prendre une série de mesures concrètes. Par exemple : 

  • La formation systématique des responsables des fédérations sportives et sensibiliser le personnel des clubs sportifs 
  • Soutenir des programmes de sensibilisation à l’égard des jeunes sur les stéréotypes sexistes 
  • Assurer le soutien des structures prenant en charge et accompagnant les auteurs de violences sexistes et sexuelles, sensibiliser le grand public à l’illégalité de ces actes. 

Le cas échéant un nouveau plan d’action sera mis en place pour lutter contre les violences faites aux femmes, aux personnes lgbtqia+, contre le racisme, l’antisémitisme, et l’isolement. 

Pour les personnes en situation de handicap : attention particulière pour leur garantir un accès à l’emploi et aux bâtiments publics.  

Ce douzième chapitre est conclu par la déclaration suivante :  

« Le tissu associatif non marchand constitue un pilier de la cohésion sociale bruxelloise. Sa stabilité et son attractivité seront prises en compte dans la définition des cadres de financement et de concertation (accord non marchand). Considérant le rôle essentiel de première ligne que jouent les pouvoirs locaux en matière de cohésion sociale, de lutte contre les inégalités et la pauvreté, et comme moteurs de la prospérité régionale et de ses citoyens, la Région garantira un financement pérenne des pouvoirs locaux et des CPAS. » 

13. Une région forte et bilingue : 

On va enfin épingler la volonté politique que chaque hôpital agréé par la COCOM introduise un plan de politique linguistique et garantisse une prestation de services effectivement bilingue. 

Les communes et les CPAS vont aussi être accompagnés pour un renforcement du bilinguisme à Bruxelles.   

CONCLUSION 

Cette déclaration de politique régionale, en 24 pages, trace les grandes lignes des priorités du nouvel exécutif bruxellois. Mais à sa lecture, un sentiment de flou persiste

Le gouvernement annonce un milliard d’euros d’économies d’ici 2029, sans préciser clairement quelles mesures concrètes permettront d’atteindre un tel montant, ni du côté des réductions de dépenses, ni du côté des nouvelles recettes. Cette absence de détails interroge. 

À plusieurs reprises, le texte évoque « l’attention », le « soutien » ou encore le « renforcement » du tissu associatif et de secteurs essentiels comme le sans-abrisme ou la santé mentale. Ces intentions sont positives en apparence, mais que recouvrent-elles réellement ? S’agit-il de moyens supplémentaires ou simplement de déclarations de principe ? 

Il ne faut pas oublier que, pendant 613 jours, l’absence de gouvernement a durement fragilisé le secteur non marchand. Les crédits provisoires, les réductions de subsides facultatifs, les retards de paiement ont mis sous pression des services qui répondent pourtant à des besoins fondamentaux de la population. 

Des projets ont été abandonnés, des structures ont fermé, des travailleurs et travailleuses ont perdu leur emploi — et cela dans un contexte où les besoins sociaux augmentent et où la pénurie de main-d’œuvre s’aggrave. 

Cette longue crise politique a laissé des marques profondes. Dès lors, malgré certaines formulations encourageantes dans la déclaration, il est difficile aujourd’hui d’affirmer avec confiance que les jours à venir seront plus favorables pour nos secteurs. 

Face à ces incertitudes, BRUXEO restera pleinement mobilisé et s’engage à défendre avec détermination le secteur non marchand tout au long de cette législature.

Personne de contact

Sophie Van Goethem - sophie.vangoethem@bruxeo.be


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